Sur la Vienne et sur le pont de Chinon depuis la terrasse de la tour du Trésor

 

L'occasion de faire un bond dans le passé, au temps où la rivière était un axe commercial majeur. L'ambiance n'était donc pas du tout la même ! Il faut imaginer une véritable autoroute fluviale sur laquelle circulaient de nombreux bateaux : des toues de pêches, des bateaux de 9 à 10 mètres de long ; des « bascules », des bateaux viviers dans lesquels étaient stockés les poissons ; ou encore des gabares pour le transport des marchandises ; sans oublier les bacs qui permettaient aux habitants de Chinon de traverser la rivière. Il faut surtout imaginer le bruit que produisaient toutes ces activités.
Il existait pas moins de cinq ports sur la rive droite, c'est-à-dire, la rive proche de la Ville et de la Forteresse : le port du Vieux-Marché, le port de la Poterne, le port de la Halle, le port à Chardon et le port de la Parerie. Sur la rive opposée, le port Saint-Jacques a connu une très grande fréquentation jusqu’au 18e siècle, car c'était le point d’embarquement des blés du Poitou. Que trouvait-on sur ces bateaux, outre du blé pour l'export ? Au Moyen-Age, Chinon exportait aussi une denrée plus insolite : les pruneaux de Tours qui avaient, à l'époque, une renommée nationale ! Digne des pruneaux d'Agen aujourd'hui. On exportait également un peu de poterie et du vin.
Que déchargeait-on ? D'abord du sel. Et en très grande quantité ! Les convois pouvaient parfois compter 9 bateaux ! On déchargeait également des harengs, du charbon ou encore des ardoises. A Chinon, tous les toits sont en ardoise. Elles venaient de l’Anjou proche. On les acheminait facilement par la rivière.
A ce propos, il existe une anecdote savoureuse : pour livrer ses ardoises, le batelier, en guise de péage, devait se prêter à un rite en passant ici sur la Vienne. Ce rite était appelé le « dépris » : une sorte de bizutage version 1460. Il devait s'allonger à l'avant de son embarcation et lancer successivement trois ardoises dans l'eau. Si le « douanier » réussissait en mettant un pied dans l'eau à en attraper une, le bateau était bloqué et soumis de nouveau à une sanction. Le pauvre batelier devait donc recommencer. Si les ardoises étaient inaccessibles, alors le bateau pouvait passer ! il a bien changé depuis l'époque de sa construction, sous Henri II Plantagenêt.
Quant au pont, Il était connu sous le nom de pont « de la Nonnain », ou « de l'Annonain ». D'où vient ce nom me direz-vous ? Et bien, au 12e siècle, le passage du pont était soumis à péage. Les commerçants devaient payer une taxe aux nonnains de Fontevraud, des moines. Le pont avait alors une fonction cruciale pour ravitailler le bourg et la Forteresse.