Une histoire millénaire.

La Forteresse royale de Chinon est l'un des rares châteaux forts du Moyen - Age dans la vallée de la Loire. 

 

 

An 0

Le site de la Forteresse est occupé depuis trois mille ans, comme l’ont révélé les fouilles archéologiques récentes. Il faut attendre la fin de l’époque gauloise pour connaître un peu les habitants des lieux. Un aristocrate guerrier gaulois a alors installé sa demeure sur le fort Saint-Georges. Le propriétaire des lieux s’est fait enterrer juste devant, avec sa grande épée, privilège accordé par César aux vétérans de ses troupes auxiliaires indigènes. A l’époque gallo-romaine, Chinon est un petit bourg. Sur la hauteur, des constructions en pierres ou plus modestes, en torchis, se développent. Puis, dans le contexte de la fin de l’Empire romain, le promontoire est fortifié et devient un castrum évoqué par l’historien Grégoire de Tours.

 

An 954

Le promontoire fortifié au Ve siècle continue d’être occupé aux époques mérovingienne et carolingienne. De vastes silos enterrés et des bâtiments utilitaires de cette époque ont été retrouvés. Chinon abrite un atelier monétaire royal aux VIIe et VIIIe siècles ; puis, de 920 à 954, la menace viking n’étant pas écartée, on y transfère celui de Tours. Au Xe siècle, la Forteresse est tenue par les comtes de Blois, grands vassaux du roi de France. Le premier et le plus puissant d’entre eux, Thibaud 1er dit « le tricheur » devient comte autour de 942 et le reste jusqu’en 974. Thibaud fait édifier la première tour en pierre de la Forteresse en 954. Il l’entoure d’une enceinte propre qui l’isole du vieux castrum.

 

Foulques IV fait fortifier la forteresse de Chinon. Il écrit l'histoire des comtes d'Anjou, premier récit historique de cette dynastie.

 

AN 1105

Au XIe siècle, les comtes d’Anjou menacent fortement la puissance des comtes de Blois. Ils s’emparent de la Touraine en 1044 : la Forteresse de Chinon est cédée à Geoffroy Martel. Il meurt sans enfant en 1060. Son neveu Foulques IV lui succède. Il réussit à rétablir peu à peu son autorité sur ses vassaux particulièrement indisciplinés. A sa mort en 1109 l’Anjou atteint à peu près sa configuration définitive. Ses puissants voisins sont le roi de France, le duc d’Aquitaine et le duc de Normandie.
C’est à Foulques IV que l’on doit l’achèvement de la nouvelle enceinte de la Forteresse. Il lève notamment des impôts à cette fin, entre 1087 et 1105.

An 1160

La Forteresse de Chinon est au centre des possessions continentales du roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, devenu en 1154 maître d’un empire s’étendant de l’Ecosse aux Pyrénées. Il y entrepose une partie du trésor royal. Il y séjourne fréquemment entre 1160 et 1180. Sa grande réalisation à Chinon est la construction du palais du fort Saint-Georges. Situé à l’est de la vieille Forteresse, il est plus commode pour loger une administration de plus en plus importante.

 

UNE HISTOIRE RICHE EN REBONDISSEMENTS

An 1189 

Abandonné par ses enfants qu’il n’a pas su ni voulu associer à son pouvoir, malade et fuyant Philippe Auguste, Henri II Plantagenêt meurt à la Forteresse de Chinon en 1189. Accompagné par Geoffroy, fils illégitime mais seul à lui être demeuré fidèle, le corps est transporté à l’abbaye de Fontevraud pour y être enseveli. Richard, enfin roi, vient saluer rapidement la dépouille de son père, pour la forme. Fontevraud devient la nécropole des Plantagenêt : Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion y seront également enterrés.

 

 

Ce film évoque la confrontation entre Plantagenêt, rois d'Angleterre et Capétiens, rois de France, à la charnière des XIIe et XIIIe siècle.
La prise de la Forteresse de Chinon par le roi de France en 1205 est un tournant décisif de ce conflit.

 

 

An 1205

Dès 1200, Jean Sans Terre qui a conscience de l’importance stratégique de Chinon, prépare la Forteresse à la guerre. Après la prise de la Normandie, Philippe Auguste part à la conquête de la Touraine. A l’automne 1204, les armées du roi de France mettent le siège devant la Forteresse. Hubert du Bourg est connétable de Chinon depuis 1203 et soutient le siège contre Philippe Auguste jusqu’en 1205. C’est un grand chef de guerre qui a pu jouer un rôle actif dans la conception de la défense de la Forteresse de Chinon. Malgré cela, Philippe Auguste prend le château le 23 juin 1205, après un siège de neuf mois.

Au lendemain de sa victoire, Philippe Auguste doit réactiver les capacités défensives de la Forteresse très affaiblie par le siège. Il y fait construire une grande tour circulaire, la tour du Coudray.

 

An 1308

Entre juin et août 1308, la Forteresse de Chinon est le théâtre d’un événement important de l’histoire de l’ordre du Temple. Cet épisode s’inscrit dans le cadre d’une lutte de pouvoir entre le roi de France Philippe le Bel et le pape Clément V. Plusieurs mois après avoir ordonné l’arrestation de tous ses membres, Philippe le Bel accepte d’envoyer soixante-quinze templiers devant le pape à Poitiers. Mais, en cours de route, le roi fait retenir à la Forteresse de Chinon les quatre dignitaires de l’ordre, dont le grand maître Jacques de Molay, dans le but de faire capoter toute tentative d’absolution par le souverain pontife. Le pape décide alors d’envoyer, à la Forteresse de Chinon, trois cardinaux chargés d’interroger les dignitaires afin de les réintégrer au sein de l’église catholique. Le parchemin de Chinon est l’acte authentique qui résulte de cette entrevue.

 

 

 

An 1429

Jeanne d’Arc est venue rencontrer Charles VII à la Forteresse de Chinon. Cet épisode célèbre de l’épopée Johannique est généralement décrit comme une scène mythique et miraculeuse : « La Reconnaissance ». Il n’en est rien, car il y eut non pas une, mais deux entrevues à Chinon. La première se déroule le 25 février 1429, deux jours après l’arrivée de Jeanne. Elle est menée jusqu’aux appartements du roi où celui-ci la reçoit en petit comité. Elle est logée dans le donjon du Coudray. Puis Charles VII l’envoie à Poitiers pour que ses conseillers et docteurs en théologie puissent juger de sa bonne foi. A son retour, Jeanne est à nouveau reçue par le roi, entre le 27 mars et le 5 avril 1429. Cette seconde audience dite du « signe », prit l’aspect officiel et public qu’on attribue généralement à la première entrevue. Elle marque la fin de l’enquête de Poitiers et tient lieu de présentation officielle de Jeanne.

An 1840

A partir du XVIIe siècle, la Forteresse de Chinon est dépourvue de rôle stratégique, elle est abandonnée au profit de châteaux plus modernes. En 1824, malgré la dangerosité du site, le parc de la Forteresse est aménagé en promenade publique. Le circuit est agrémenté d’une pépinière de mûriers, un parterre est installé à l’emplacement de la grande salle des logis en ruine. En 1840, la Forteresse est classée Monument Historique, mais les ruines restent dangereuses, et en 1854 la municipalité demande la démolition des bâtiments. L’intervention de Prosper Mérimée sera décisive et marquera le début des travaux de restauration.

AN 2010

La Forteresse a fait l’objet d’un vaste projet de restructuration entre le début des années 2000 et 2010 : restauration des remparts et des logis royaux, construction d’un bâtiment neuf pour accueillir la billetterie/boutique. Ces travaux ont été précédés et accompagnés, de 2003 à 2010, de fouilles archéologiques sans précédent permettant un renouvellement historique complet. Un nouveau parcours de visite agrémenté de nombreux dispositifs interactifs est proposé.